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communication des organisations consuméristes du sénégal. Lamine DIEDHIOU
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15.02.2008
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29.04.2008
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Crise alimentaire en Afrique - Jacques Diouf sur France 24

Posté le 29.04.2008 par uncs2008
« Ce qui se passe est la chronique d’une catastrophe annoncée. »
Invité cette semaine sur le plateau de France 24 dans l’émission ‘‘Le talk de Paris’’, le Directeur général Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) s’est exprimé sur la crise alimentaire mondiale. Jacques Diouf, interrogé par Ulysse Gosset, répondait également aux questions de 5 intervenants dont Momar Ndao, Président de l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascocen). AGN publie l’intégralité de cette interview. M. Jacques DIOUF.- Bonjour !

Ulysse GOSSET.- Nous serons également en duplex de Genève avec Jean Ziegler qui dénonce les biocarburants. Il parle même de “crime contre l’humanité”. Nous lui demanderons pourquoi.

Dans le cadre de cette crise alimentaire mondiale, certains appellent à une “révolution verte”, à une révolution de l’agriculture, d’autres affirment que la flambée des prix, qui a déjà fait tomber un gouvernement - celui d’Haïti - va maintenant peut-être se poursuivre, peut-être jusqu’en Asie. D’autres disent que c’est peut-être une chance pour l’Afrique.

Vous, personnellement, quel est votre diagnostic ? Etes-vous plus inquiet que l’an dernier lorsque nous étions sur ce même plateau du Talk de Paris ?

M. Jacques DIOUF.- Ce qui se passe est la chronique d’une catastrophe annoncée. Il y avait tous les éléments pour nous convaincre que si on ne prenait pas les mesures appropriées, la situation allait empirer.

Je suis partagé. D’un côté, je continue d’être très inquiet, parce qu’il y a des annonces sur le plan de l’aide d’urgence, de l’aide alimentaire, mais l’effet réel nécessite, pour se traduire au niveau des utilisateurs, un certain temps.

D’un autre côté, de nombreux engagements ont tout de même été pris et ils pourraient permettre de mobiliser des ressources importantes.

Mais, je suis surtout très préoccupé par le fait que nous sommes en train de mener une bataille d’arrière-garde.

La question des prix, certes, il faut y faire face ! Il faut trouver des aliments moins chers, il faut des systèmes pour subventionner les coûts, pour que les prix soient plus acceptables pour les populations pauvres, mais quid du problème de la campagne agricole qui a commencé depuis mars avec les premiers semis et qui devront continuer jusqu’au mois de juillet dans l’hémisphère nord ?

Dès le 17 décembre, j’ai lancé un appel pour que l’on mette la priorité sur l’assistance aux différents pays touchés, aux pays à risques, aux pays déficitaires et à revenus bas, pour que nous puissions les aider de manière à ce que leurs agriculteurs pauvres aient accès aux semences, aux engrais, aux aliments, au bétail nécessaire et dont les prix ont également augmenté.

Ulysse GOSSET.- Lorsque Dominique Strauss-Kahn, le Français à la tête du FMI, parle de “risques de guerre”, partagez-vous cette crainte ?

M. Jacques DIOUF.- Avec un qualificatif de guerre “civile”. Je ne pense pas qu’il y ait des guerres entre pays, mais à l’intérieur de certains pays, si, encore une fois, on ne prend pas toutes les mesures nécessaires, il risque d’y avoir des affrontements. Vous savez qu’il y a déjà eu des morts dans certains pays.

Ulysse GOSSET.- Quels sont les points chauds ? On a vu qu’à Haïti, le Premier ministre a dû démissionner, son gouvernement est tombé, première victime des émeutes de la faim. Quels sont les autres points chauds de la planète ?

M. Jacques DIOUF.- Il y a plusieurs pays d’Afrique…

Ulysse GOSSET.- Lesquels ?

M. Jacques DIOUF.- Je ne peux pas, en tant que Directeur général, cibler des pays particuliers. Il y a des pays d’Asie, quelques pays d’Amérique latine aussi qui pourraient avoir des difficultés. C’est assez réparti dans le monde avec, naturellement, une concentration en Afrique, au sud du Sahara.

Ulysse GOSSET.- Tout de même, vous êtes le patron de la FAO et vous êtes chargé de lutter contre la faim dans le monde. Pourquoi depuis cinq mois, alors que vous avez tiré la sonnette d’alarme, rien ne s’est passé ? Pourquoi les émeutes ont-elles éclaté ? Pourquoi rien n’a-t-il été fait pour les empêcher ? A qui la faute ?

M. Jacques DIOUF.- Parce que, malheureusement, on attend toujours qu’il y ait la catastrophe dans le monde pour réagir.

ULYSSE GOSSET.- Mais qui “on” ? Vous, vous le saviez !

M. Jacques DIOUF.- Moi, je le savais. Mon rôle consiste à informer, parce que nous avons la responsabilité d’établir les statistiques du monde sur la production, le commerce, les prix, les stocks.

ULYSSE GOSSET.- Qui a attendu trop longtemps ? Qui sont les responsables ?

M. Jacques DIOUF.- Les responsables, ce sont d’abord les pays concernés, car je continue de penser que lorsqu’il y a un Etat souverain, avec un gouvernement, avec une population, avec des terres et de l’eau, avec un budget national, c’est le gouvernement élu de ce peuple qui est le premier responsable vis-à-vis de son peuple. Tout ce qu’il y a à faire…

ULYSSE GOSSET.- Donc, tous les chefs d’Etat du Cameroun, du Sénégal, du Mexique…

M. Jacques DIOUF.- Pas seulement les chefs d’Etat, mais aussi les gouvernements, leur parlement, les différentes instances…

ULYSSE GOSSET.- Que leur dites-vous aujourd’hui pour que cela ne se reproduise plus ?

M. Jacques DIOUF.- Il faut leur dire, en premier lieu, de respecter les engagements qu’ils ont pris car, pour l’Afrique, l’engagement a été pris pour doubler, en l’espace de cinq ans, la part de l’agriculture dans les budgets nationaux. Ceci a été fait au Sommet de Maputu au mois de juillet 2003.

Un Sommet extraordinaire de chefs d’Etat s’est tenu, au mois de février 2004 à Sirthe, sur l’eau et l’agriculture.

Il y a eu, au Nigeria, toute une série de sommets sur les engrais, la sécurité alimentaire et l’aquaculture.

Des décisions ont été prises, mais elles n’ont pas été appliquées dans de nombreux pays. D’autres, heureusement, l’ont fait.

Ces pays évoluent aussi dans un monde dont les conditions ont une influence positive ou négative - et, dans le cas d’espèce, une influence positive - sur leur capacité à accroître la production. C’est le marché international. Avec les subventions que les pays développés accordent à leur agriculture, et qui ont atteint jusqu’à un milliard de dollars par jour, naturellement, l’agriculture africaine ne peut pas être en position concurrentielle.

ULYSSE GOSSET.- Je rappelle que les prix du blé ont augmenté parfois de 80 % et ceux du riz de 120 %. Ces chiffres sont énormes. On comprend la détresse des populations, mais que faire dans l’urgence ?

Je vous propose d’écouter une question du président d’une ONG “Action contre la faim”, Denis Metzger.

Denis METZGER.- Nous avons pu constater le grand succès du Fonds de lutte contre le sida pour lequel l’ensemble de la communauté internationale s’est mobilisé. Ne pensez-vous pas qu’il faudrait lancer, de façon très urgente, un « Fonds contre la faim et contre la malnutrition » pour que l’ensemble des gouvernements et responsables politiques s’unisse sur des moyens qui sont, à mon avis, considérables de lutte contre la faim ?

ULYSSE GOSSET.- Etes-vous pour la création d’un Fonds mondial contre la faim au même titre qu’il y a un Fonds contre le sida ?

M. Jacques DIOUF.- Je pense que cette proposition mérite une étude sérieuse.

Ulysse GOSSET.- Vous dites “oui” ou “non” ?

M. Jacques DIOUF.- Les questions sont plus complexes et je ne peux pas dire oui ou non. Dans la mesure où un tel fonds serait de nature à accroître les ressources disponibles pour le développement agricole, notamment pour les investissements dans la maîtrise de l’eau, dans les infrastructures rurales, dans les moyens de stockage, et si les routes rurales permettent d’apporter les intrants aux agriculteurs et de sortir les produits agricoles vers les marchés, oui ! Mais comment veiller à ce que ce fonds soit additionnel aux ressources mobilisées par la Banque mondiale, les banques régionales de développement, l’Union européenne et les aides bilatérales ? C’est là la grande question.

ULYSSE GOSSET.- Est-ce plutôt une bonne ou une mauvaise piste ?

M. Jacques DIOUF.- C’est une bonne piste à étudier. Je suis favorable à son étude. Je veux tout simplement m’assurer que cela ne va pas entraîner un nouveau combat entre les fonds qui existent au lieu d’avoir une dynamique d’un processus de ressources additionnelles.

ULYSSE GOSSET.- Et Dieu sait si c’est déjà difficile entre la Banque mondiale, le FMI et la FAO ! Revenons justement sur votre parcours personnel. Je vous propose de regarder ensemble, comme le veut la tradition, ce portrait réalisé par une journaliste de France 24, Jennifer Knock.

(Portait)

ULYSSE GOSSET.- Est-ce qu’aujourd’hui, personnellement, lorsque vous voyez ces émeutes de la faim, vous vous dites que quelque chose ne fonctionne pas à la FAO ?

M. Jacques DIOUF.- A la FAO, naturellement, nous avons beaucoup de choses qui pourraient être mieux faites et être bien faites, mais il faut toujours avoir à l’esprit le mandat qu’a la FAO.

Son mandat est d’abord de collecter l’information sur les cultures, la production animale, les pêches, l’aquaculture, les rendements, le commerce, etc., et de faire des projections pour pouvoir anticiper les grandes tendances, les grands événements et, enfin, pouvoir en tirer des leçons de politique.

Naturellement, nous établissons des normes pour la qualité des aliments. Nous faisons des études, nous intervenons dans des situations d’urgence. Nous coordonnons la lutte contre le criquet pèlerin actuellement, contre la fièvre aphteuse ou la grippe aviaire. Nous nous sommes lancés, depuis un an, dans la lutte contre la rouille du blé qui est partie en 1999 de l’Ouganda et qui est arrivée…

ULYSSE GOSSET.- C’est une nouvelle menace ? Ce parasite est réapparu en Iran et pourrait menacer…

M. Jacques DIOUF.- Il est parti en 1999 de l’Ouganda puis est allé dans les pays d’Afrique centrale et il est déjà en Iran !

Nous avons aussi les maladies animales. Tout ceci est le rôle de la FAO, mais les limites de l’action de la FAO s’arrêtent aux frontières des souverainetés nationales.

ULYSSE GOSSET.- Ne faudrait-il pas changer quelque chose ?

M. Jacques DIOUF.- Pas les souverainetés nationales.

ULYSSE GOSSET.- Changer de mission peut-être ?

M. Jacques DIOUF.- Je ne sais pas. Il appartient aux Etats membres de voir ce que fait la FAO et ce que les autres organisations du système international font. Que fait le FIDA, la Banque mondiale, les banques régionales, le Programme alimentaire mondial ?

C’est un système international qui répond aux besoins internationaux, y compris de paix et de sécurité avec le Conseil de sécurité de l’ONU. Tout cela constitue le système des Nations Unies.

ULYSSE GOSSET.- Nicolas Sarkozy, que vous avez vu, vous a fait finalement un joli cadeau puisqu’il a annoncé qu’il viendrait vous voir à Rome pour le prochain sommet, essentiel, puisqu’il s’agit de traiter de la sécurité alimentaire.

M. Jacques DIOUF.- J’étais ravi. Je l’ai remercié, d’autant qu’il m’a autorisé à annoncer ceci publiquement, ce que j’ai fait immédiatement en sortant de cet entretien.

ULYSSE GOSSET.- Et la France double son aide. C’est bien, mais est-ce suffisant ?

M. Jacques DIOUF.- C’est bien, mais ce n’est jamais suffisant ! Au regard des besoins, on voudrait encore plus.

Naturellement, les pays donnent aussi en fonction de leurs propres contraintes et de leurs propres moyens. J’ai tenu à lui indiquer qu’il serait bon, au-delà de l’aide alimentaire importante, d’essayer d’aider les pays pour que leurs agriculteurs aient des semences, des engrais, des aliments et du bétail pour cette campagne avant que la période propice ne se termine, c’est-à-dire à la fin du mois de juillet. Il faudrait également apporter des ressources similaires pour la contre-saison, qui commence aux mois de septembre, octobre, et pour la campagne prochaine.

ULYSSE GOSSET.- En un mot, qu’est-ce qui est plus grave pour la planète : la crise financière, qui nous rappelle celle de 1929, ou la crise alimentaire ?

M. Jacques DIOUF.- La crise alimentaire, naturellement, car, en premier lieu, il faut vivre !

ULYSSE GOSSET.- Certains disent que la crise financière a entraîné la crise alimentaire.

M. Jacques DIOUF.- Non, absolument pas. Evidemment, il y a toujours des interactions, mais le vrai problème de la crise alimentaire est celui de l’insuffisance de l’offre mondiale à cause des phénomènes climatiques, des stocks au plus bas et, de l’autre côté, une demande en croissance avec les pays émergents comme la Chine et l’Inde. A cela s’ajoutent les demandes de biocarburants qui ont détourné une partie des aliments vers l’énergie. La croissance mondiale de la population est de 78,5 millions par an et va nous amener à passer de 6 milliards actuellement à 9 milliards en 2050 !

ULYSSE GOSSET.- Nous arrivons à la fin de la première partie de cette émission. Je vous propose de regarder ensemble le Journal de France 24. Nous nous retrouvons dans quelques minutes avec, en duplex de Genève, Jean Ziegler qui nous parlera de la menace des biocarburants.

A tout de suite !

SUITE TALK DE PARIS – M. DIOUF

Deuxième partie

M. Ulysse GOSSET.- Retour sur le plateau du Talk de Paris pour cette émission spéciale consacrée aux émeutes de la faim et à la crise alimentaire mondiale avec notre invité, Jacques Diouf, Directeur général de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation. Nous serons également en duplex avec Jean Ziegler à Genève.

Première question : Jacques Diouf, vous savez que certains demandent la suppression des subventions agricoles. Le directeur du FMI en parle aussi, mais surtout le patron de l’OMC, Pascal Lamy, et le commissaire européen, Peter Mandelson.

Etes-vous favorable à la suppression des subventions, par exemple, aux agriculteurs européens pour qu’il y ait plus de moyens et de possibilités pour les Africains en particulier ?

M. Jacques DIOUF.- Je pense qu’il faut une équité dans le système international, qu’il s’agisse, d’ailleurs, de l’agriculture ou de l’industrie. Dans le cas d’espèce, les pays développés subventionnent leur agriculture et les soutiens ont atteint jusqu’à un milliard de dollars par jour. Incontestablement, dans ce cas, les agricultures des pays en voie de développement n’ont aucun avenir !

J’ai toujours dit qu’il fallait aussi créer un système qui favorise à la fois l’agriculture des pays développés et celle des pays en voie de développement, par rapport aux autres secteurs (secondaire et tertiaire), pour créer les conditions de production nécessaires à l’alimentation.

M. Ulysse GOSSET.- On supprime les subventions ou pas ?

M. Jacques DIOUF.- Il y a deux solutions : soit on les supprime partout, soit on les donne à tout le monde ! Je préfère la seconde solution car cela encourage les agriculteurs des différents pays du monde.

M. Ulysse GOSSET.- Revenons aux émeutes qui sont survenues à Haïti avec une question du sénateur haitien, Rudy Hérivaux.

M. Rudy HERIVAUX.- Bonjour Monsieur Diouf. Nous savons pertinemment que la FAO, l’organisation que vous dirigez, est très impliquée dans notre pays. Cependant, nous sommes à un carrefour historique, déterminant où il nous faut un accompagnement, un encadrement, notamment pour pouvoir revitaliser le secteur agricole.

Si nous bénéficions de l’encadrement et de l’accompagnement nécessaires, de l’assistance de la FAO, nous serons évidemment à même de répondre aux besoins primaires de la population haïtienne. L’heure est grave, l’heure est critique, mais je pense que, concrètement, vous allez pouvoir nous dire ce que vous comptez faire - vous et votre organisation - pour nous assister afin que nous puissions répondre concrètement aux desiderata de la population haïtienne.

M. Ulysse GOSSET.- Votre réponse ?

M. Jacques DIOUF.- Nous avons déjà une mission en Haïti pour discuter, avec le gouvernement, des actions à mener et, prioritairement, pour accélérer les programmes en cours, car nous avons des programmes de sécurité alimentaire en Haïti avec des experts cubains dans le cadre de la coopération sud / sud. La semaine dernière, j’ai eu à parler avec le président Lula d’une action commune Brésil / FAO en faveur d’Haïti. Nous sommes prêts à mobiliser une partie des 17 millions de dollars que j’ai eu à mobiliser sur les ressources à la FAO pour pouvoir aider, en matière de semences, d’engrais et d’aliments du bétail, la campagne en Haïti.

M. Ulysse GOSSET.- Plus globalement, certains se demandent si cette crise grave, très grave même, n’est pas finalement une chance pour l’Afrique. Ecoutons ensemble cette réflexion, cette question qui nous parvient de l’ agroéconomiste : Aimery de Dinechin.

M. Emery de Dinechin.- Monsieur le directeur général, on parle beaucoup de la hausse des prix alimentaires, des prix agricoles en ce moment, ne vaudrait-il pas mieux parler d’une pause dans la baisse séculaire ? Cela fait 50 ans que les prix agricoles baissent, au grand dam des paysans, en particulier des paysans du sud ?

Est-ce que vous partagez cette analyse et ne trouvez-vous pas que c’est plutôt une bonne nouvelle pour les paysans du sud qui vont peut-être enfin avoir des prix rémunérateurs, vivre un peu mieux et pouvoir augmenter leur production ?

M. Jacques DIOUF.- Oui, si ces agriculteurs sont en mesure de répondre à cette demande à un niveau de prix élevé. Mais dans la mesure où, en Afrique, sur 96 % des terres, la production dépend de la pluie. Si on tient compte du fait qu’il n’y a pas de route rurale pour amener les intrants et sortir des produits vers les marchés et que, dans ces pays, faute de moyens de stockage adéquat, on perd 40 à 60 % de la production chaque année, si ces conditions persistent, ces agriculteurs ne profiteront pas de l’opportunité que représente la hausse des prix et des marchés avec la croissance de la demande.

Il faut donc des investissements pour la maîtrise de l’eau, pour les routes rurales, pour les moyens de stockage et de conditionnement des produits agricoles. A ce moment-là, en ayant un système de crédit pour que les agriculteurs aient accès aux semences, aux engrais, aux aliments du bétail, aux vaccins, etc., aux alvins pour l’aquaculture, on pourra créer les conditions d’une augmentation de la production en Afrique et dans d’autres pays du tiers-monde.

M. Ulysse GOSSET.- Je vous propose de nous intéresser maintenant à la question délicate des biocarburants. Une véritable polémique mondiale a été lancée, notamment par Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies. Nous l’avons joint à Genève en duplex. Il a écrit un livre qui s’appelle “L’empire de la honte“.

Jean Ziegler, bonjour ! Je vous propose d’abord de nous dire pourquoi vous estimez que la production des biocarburants représente, aujourd’hui, une véritable menace pour l’humanité ? Vous parlez même de “crime contre l’humanité” ? Pourquoi ? Est-ce que vous maintenez ?

M. Jean ZIEGLER.- Certainement, nous sommes au début d’un drame effroyable ; c’est « un crime contre l’humanité » que de brûler de la nourriture, à raison de centaines de millions de tonnes, alors que la faim fait des ravage et dévaste les trois continents.

Je vous donne quelques chiffres.

L’année dernière, les Etats-Unis à eux seuls ont brûlé 138 millions de tonnes de maïs et des centaines de millions de céréales subventionnées, d’ailleurs, par 6 milliards de dollars du gouvernement de Washington.

Le Brésil est le deuxième producteur et, maintenant, c’est l’Union européenne, les 27 Etats de l’Union européenne qui vont se mettre au bioéthanol et au biodiesel.

La directive qui vient de sortir dit que, dans 12 ans (2020), 10 % au moins de l’énergie utilisée dans les 27 pays de l’Union européenne ne doivent plus être de l’énergie fossile, mais de l’énergie d’ordre végétal, ce qui ferait que des millions d’hectares, à travers le monde, de terres vivrières et de terres arables faites pour nourrir la population humaine vont disparaître. Ceci est totalement intolérable !

J’ai demandé un moratoire de cinq ans, une interdiction pendant cinq ans, en attendant que la science soit capable, à coût comparatif, de développer une production avec des déchets agricoles.

M. Ulysse GOSSET.- Jacques Diouf, est-ce que Jean Ziegler va trop loin ou a-t-il raison ? Faut-il un moratoire ?

M. Jacques DIOUF.- Je voudrais le remercier – Jean est mon ami - parce qu’il a cette liberté de pensée et de parole et cette capacité de dramatisation des sujets qui éveillent les consciences et provoquent le débat.

Au niveau d’un responsable d’une organisation des Nations Unies, d’une organisation intergouvernementale, nous avons une approche différente. Notre approche consiste, d’abord, à créer un Forum mondial où l’on puisse discuter de cette question. C’est ce que j’ai fait en lançant ce sommet qui va se réunir du 3 au 5 juin.

Notre devoir est de faire les études techniques, scientifiques et méthodiques pour voir toutes les filières. Il a bien parlé de l’éthanol, mais quel type d’éthanol ? Est-ce avec la canne à sucre, le maïs, le manioc, le blé ? Pour les filières de biodiesel, est-ce avec le palmier à huile, avec le tournesol, avec le soja ? Etc.

M. Ulysse GOSSET.- Faut-il un moratoire pour permettre ces recherches ?

M. Jacques DIOUF.- Avant d’arriver à des moratoires, il faut que nous donnions les éléments de décision et de discussion à nos chefs d’Etat et de gouvernement car eux seuls peuvent décider, éventuellement, d’un moratoire et des conditions dans lesquelles cela pourrait exister en relation avec les politiques de subvention.

M. Ulysse GOSSET.- Lorsque vous entendez Jean Ziegler, est-ce que l’Europe a raison, finalement, de se lancer dans les biocarburants comme elle a essayé de le faire il y a encore très peu de temps ?

M. Jacques DIOUF.- Ma conviction est la suivante : il faut revoir toutes ces politiques qui me semblent avoir été adoptées de manière précipitée, sans avoir étudié toutes les conséquences.

Maintenant, notre rôle est de donner les éléments pour que, dès juin prochain, toutes ces questions soient discutées, filière par filière, avec les balances énergétiques : qui subventionnent quoi ? Dans quelles conditions ? Nous pourrons ainsi prendre les décisions objectives.

M. Ulysse GOSSET.- Nous sommes toujours avec Jean Ziegler en duplex de Genève et il a une question pour vous.

M. Jean ZIEGLER.- Jacques Diouf est certainement le meilleur directeur général que la FAO ait jamais eu. C’est un homme de courage, de vision, de combat et j’ai vraiment je ne le dis pas parce qu’il est là beaucoup d’admiration et d’estime pour lui.

Mais il est pris dans une contradiction assez terrifiante. La FAO a un budget de 350 millions, donc très peu pour le formidable travail qu’ils font. Les Etats industriels, l’année dernière, ont dépensé dix fois plus, soit 350 milliards de dollars, pour subventionner la production et l’exportation de leurs agriculteurs, ce qui fait qu’en Afrique, par exemple, il y a un dumping agricole formidable.

Deuxièmement, le FMI, qui appartient aussi aux Nations Unies, fait exactement le contraire de ce que fait la FAO. Autrement dit, les Nations Unies vivent en pleine schizophrénie. Partout où il y a un plan d’ajustement structurel à un pays pauvre imposé par le FMI, la faim augmente et tout le travail formidable d’infrastructures et de conseils de la FAO est annulé. Le FMI domine largement les pays de l’hémisphère Sud les plus pauvres, parce que ce sont des pays endettés. Le FMI impose partout l’agriculture d’exportation : le coton, la canne à sucre, le café, le cacao, pour pouvoir assurer le revenu en devises qui permet, ensuite, de payer les intérêts de la dette aux banques du Nord.

Je voudrais savoir, Monsieur le directeur général c’est une question un peu cruelle , ce qu’il faut faire devant cette schizophrénie des Nations Unies ? Comment rendre raison à la Banque mondiale et, surtout, au FMI pour qu’ils investissent enfin et respectent la sécurité alimentaire des populations de l’hémisphère Sud ?

M. Ulysse GOSSET.- Beaucoup de questions, mais en premier lieu, est-ce que vous partagez sa critique : cela ne va pas du tout entre le FMI, la Banque mondiale et vous ?

M. Jacques DIOUF.- C’est connu, puisque dans certains pays, on a vu dans les journaux que le FMI et la Banque mondiale disaient une chose et que la FAO en disait une autre. L’exemple du Mozambique avec le sucre en est un cas d’espèce.

Il est vrai que la Banque mondiale et le Fonds ont mené, au cours des deux dernières décades, des politiques qui ont démantelé les systèmes mis en place pour assurer la protection des agriculteurs des pays du tiers-monde, notamment en Afrique.

M. Ulysse GOSSET.- Ce que vous nous dites est dramatique !

M. Jacques DIOUF.- C’est la vérité ! Lorsque je suis rentré au Sénégal après mes études, la première fonction que j’avais consistait à mettre en place un programme agricole, c’est-à-dire de veiller à ce que les agriculteurs aient justement des semences, des engrais, du petit matériel agricole de traction animale et du crédit. Nous garantissions l’achat de leurs produits à des prix déterminés. Tout cela a été démantelé dans les politiques d’ajustement.

Je dois dire que la Banque mondiale a fait son mea culpa, puisqu’elle a reconnu, dans un rapport, que les politiques en Afrique n’étaient pas bonnes et qu’il fallait les changer.

Aujourd’hui, Bob Zoellick se fait le chantre de l’agriculture en disant que des progrès économiques dans le secteur agricole ont quatre fois plus d’impacts dans la lutte contre la pauvreté que les autres secteurs. Pour la première fois depuis 1982, le rapport sur le développement de la Banque mondiale porte sur l’agriculture. La FAO a d’ailleurs apporté sa contribution à la préparation de ce rapport.

Je suis heureux de voir que Dominique Strauss-Kahn remet en cause certaines des politiques du Fonds monétaire international. Espérons qu’à ce niveau-là aussi, cela va se traduire par une restructuration des institutions qui intervenaient en matière de crédit, de stabilisation des prix, de garantie de revenu des agriculteurs et, aussi, en matière d’approvisionnement des agriculteurs en intrants modernes.

M. Ulysse GOSSET.- Retournons sur le terrain, au Sénégal, à Dakar, où nous retrouvons un responsable d’association de consommateur, Momar Ndao

M. Momar NDAO - Monsieur le directeur général, il semble que beaucoup de pays industrialisés soient à l’origine de la destruction des capacités de production agricole des pays en développement avec les subventions initiées. Quel est votre point de vue sur cette responsabilité un peu partagée et sur les pays industrialisés avec leur politique de subvention ?

M. Jacques DIOUF.- Je pense que le mot-clé, c’est “partagé”.

Il y a la responsabilité de ces pays avec le soutien et les subventions.

Il y a la responsabilité des politiques de la Banque mondiale et du Fonds au cours des deux dernières décades dont nous avons parlé.

Il y a aussi la responsabilité des pays eux-mêmes, puisqu’ils sont tout de même souverains ; ils ont le budget national et déterminent leur politique. Pourquoi n’investissent-ils pas dans la maîtrise de l’eau ? Pourquoi ne veillent-ils pas à ce qu’au niveau de leurs villages, il y ait des puits, des canalisations pour l’eau de surface, des barrages en terre réalisés avec les communautés rurales ? Pourquoi ne développe-t-on pas l’agriculture urbaine et périurbaine ? Pourquoi on n’investit pas dans les routes rurales, dans les moyens de stockage ?

Les budgets sont votés chaque année dans ces pays. Qu’est-ce que l’on en fait ? Est-ce que c’est aller prioritairement à l’agriculture qui recouvre 60 à 80 % de la population et jusqu’à 70 % des pauvres ?

M. Ulysse GOSSET.- Lorsque vous dites cela a un chef d’Etat africain, que vous répond-t-il ?

M. Jacques DIOUF.- Il y a des chefs d’Etat africains à qui j’ai parlé et qui l’ont fait et qui ont réussi.

M. Ulysse GOSSET.- Par exemple ?

M. Jacques DIOUF.- Je ne peux pas les citer ! Je suis tout de même directeur général d’une organisation des Nations Unies qui est assujettie à une obligation de réserve.

Ceux qui ont réussi, je vais en citer quelques-uns ; le Malawi qui est passé, en trois ans, d’un million de tonnes de maïs à 2,2 millions l’année suivante et 3,4 millions ensuite. C’est un pays qui prenait de l’aide alimentaire et qui en donne ; le Nigeria dont les taux de croissance de son agriculture sont élevés, même si ce pays compte 140 millions d’habitants.

Il y a 53 pays africains et beaucoup ont réussi et ont fait de bonnes choses. Je ne peux pas les citer et c’est pourquoi je voulais éviter d’en citer un ou deux seulement.

M. Ulysse GOSSET.- Nous avons connu un début d’année assez violent et inquiétant avec ces émeutes de la faim. D’ici le mois de juin, de nombreuses préparations interviendront pour le Sommet de Rome, mais quel est votre dernier message pour conclure ?

M. Jacques DIOUF.- Mon dernier message est celui-ci : il faut mettre la priorité sur la campagne agricole qui vient et la contre-saison qui va commencer aux mois de septembre, octobre pour que les agriculteurs puissent avoir des semences, des engrais et des aliments du bétail pour préparer la prochaine récolte.

M. Ulysse GOSSET.- Jacques Diouf, merci d’être venu ici dans les studios de France 24. Je sais que vous avez un emploi du temps très chargé. Je vous donne rendez-vous au mois de juin à Rome pour ce sommet sur la sécurité alimentaire.
SOURCE : African Press Organization- Organisation de la Presse Africaine

AUDIENCE

Posté le 18.04.2008 par uncs2008
Jean-Pierre Dieng et Momar Ndao reçus en audience : Wade décrète le contrôle des prix
Les présidents de l’Association des consommateurs du Sénégal et de l’Union nationale des consommateurs du Sénégal ont été reçus hier, tour à tour, par le président de la République et son Premier ministre, Hadjibou Soumaré.

Au cours de l’entretien de Momar Ndao et Jean-Pierre Dieng avec Me Abdoulaye Wade, il a été question des mesures à prendre pour contrer les tendances haussières. Dans la logique des instructions données par le chef de l’Etat en Conseil des ministres, visant à maintenir les prix à leur état actuel, il a été convenu entre les leaders d’associations consuméristes et leur hôte de la nécessité de publier la structure des prix des produits vitaux.

Il s’agit, à travers cette option, d’asseoir des vertus de transparence dans la structure des prix. Selon les consuméristes, « la libéralisation ne peut dispenser l’Etat d’un minimum d’intervention sur le plan de la législation pour encadrer les prix des produits considérés comme vitaux au Sénégal ».

Au cours de l’audience, Me Wade a fait part de sa détermination à réactiver le Contrôle économique. Sur des mesures touchant sept produits vitaux (riz, lait, sucre, savon, tomate, pain et huile), l’Ascosen et l’Uncs préconisent la mise sur pied d’un fonds de péréquation et de stabilisation de ces denrées.

A travers par ailleurs une conférence de presse, aujourd’hui au siège de l’Uncs, le leader de cette structure a indiqué que bientôt un cadre de concertation des associations consuméristes verra le jour.

AS/FC

DELIBERE DU DOSSIER DES LEADERS CONSUMERISTES :

Posté le 18.04.2008 par uncs2008
Momar Ndao et Jean-Pierre Dieng prennent un mois avec sursis, Ddd déboutée
Au procès de vendredi dernier, le procureur de la République avait
requis une peine de six mois de prison assortie du sursis pour les
responsables consuméristes Momar Ndao et Jean-Pierre Dieng. A
l’arrivée, le tribunal a préféré revoir la demande du parquet à la
baisse en condamnant les prévenus à un mois avec sursis. La société de
transport Dakar Dem Dikk, déboutée, n’aura pas les cinq millions de
francs qu’elle réclamait pour ses bus endommagés.

Les responsables consuméristes Momar Ndao et Jean-Pierre Dieng ont été
condamnés à un mois de prison assorti du sursis par le tribunal des
flagrants délits de Dakar qui a rendu, hier, son délibéré. La société
de transport public Dakar Dem Dikk (Ddd) a été déboutée de sa demande
de réparation, elle qui réclamait cinq millions de francs pour réparer
le préjudice subi par trois de ses bus. MM. Ndao et Dieng,
respectivement leaders de l’Association des consommateurs du Sénégal
(Ascosen) et de l’Union nationale des consommateurs du Sénégal (Uncs)
avaient répondu, vendredi dernier, des délits de violence et voie de
fait, destruction de biens, rassemblement illicite et organisation
d’une manifestation interdite. C’était à la suite d’une manifestation
publique prévue le 30 mars dernier, devant le siège du groupe Wal
Fadjri, sur la route du Front de Terre. Un sit-in qui avait été frappé
d’une interdiction préfectorale notifiée aux responsables le vendredi
28 mars. Malgré cette interdiction, des personnes s’étaient retrouvées
sur la route du Front de Terre, de même que des journalistes venus
suivre la tournure de la situation. Les deux responsables
consuméristes avaient été interpellés par les policiers fortement
présents sur les lieux.

Momar Ndao et Jean-Pierre Dieng, qui avaient bénéficié d’une mise en
liberté provisoire, avaient nié à la barre du tribunal des flagrants
délits avoir bravé l’interdiction préfectorale frappant leur sit-in.
Ils se rendaient, disent-ils, auprès des membres de leurs associations
et des sympathisants pour leur faire part de l’interdiction du sit-in
et, en même temps, convier les journalistes présents à un point de
presse au siège de l’Ascosen. C’est sur le chemin que les policiers
les avaient interpellés tout en les brutalisant à l’aide de matraques
électriques utilisées parfois à des endroits sensibles de leurs corps,
disent-ils. En tout cas, il y eut des échauffourées ce jour-là, les
policiers lançant des grenades lacrymogènes à des gens qui leur
balançaient des pierres. La société de transport Ddd déclarait au
procès avoir vu trois de ses bus saccagés par les manifestants. A
l’audience, elle réclamait cinq millions de francs à titre de dommages
et intérêts.

Le procureur de la République, après avoir retenu la culpabilité des
prévenus, avait requis une peine de six mois assortie du sursis. Le
pool d’avocats de la défense avait accrédité la thèse servie par MM.
Ndao et Dieng, selon laquelle ce sont les policiers qui les ont
agressés alors qu’il n’y avait même pas de début de manifestation. Par
conséquent, ils avaient sollicité leur relaxe pure et simple.
Finalement, le tribunal a opté pour une peine d’un mois assortie du
sursis.

Malick CISS

HAUSSE DES PRIX:Tensions en Afrique de l'Ouest, un mort en Côte d'Ivoire‏

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
Des manifestations contre la "vie chère" se sont poursuivies mardi à Abidjan, faisant un mort et une dizaine de blessés en deux jours, et témoignant de tensions sociales de plus en plus vives en Afrique en raison de la hausse des produits de première nécessité.

Les manifestations, qui ont éclaté lundi dans l'immense quartier populaire de Yopougon (est d'Abidjan), se sont étendues mardi matin dans la capitale économique ivoirienne, en particulier à Port-Bouët, un quartier sud jouxtant l'aéroport international. A port-Bouët, des groupes de jeunes et de femmes ont érigé des barricades et enflammé des pneus pour protester contre la hausse de
denrées alimentaires. "On a faim. On veut manger!", criaient certains d'entre eux.
Mardi soir, le président ivoirien Laurent Gbagbo a lancé sur la télévision nationale un "appel au calme" à ses compatriotes, affirmant être "sensible à la douleur des Ivoiriens". Il a confirmé des mesures d'urgence annoncées à midi par son gouvernement pour amortir la hausse des prix des produits de première nécessité.
Il s'agit essentiellement de "la suppression des droits de douanes sur les produits de grandes consommations que sont le riz, le savon, savon, l'huile, le lait", ainsi que "la réduction de moitié de la TVA sur ces mêmes produits qui passe ainsi de 18 à 9%", a indiqué M. Gbagbo. Le chef de l'Etat a brièvement évoqué les manifestations mais n'a pas abordé le bilan de la violente répression de la police qui a fait usage de gaz lacrymogène et de tirs à balles réelles. Selon des témoignages recueillis par l'AFP, il y aurait eu au moins un mort et une dizaine de blessés en deux jours. Le corps d'un homme visiblement atteint à la tête a été transporté mardi matin dans une charrette par une foule en colère jusqu'à l'hôpital de Port-Bouët, ont constaté un journaliste et un photographe de l'AFP. L'explosion de colère lundi à Abidjan est intervenue au lendemain d'une manifestation - interdite- contre la vie chère à Dakar au cours de laquelle vingt-quatre personnes, dont deux responsables d'associations de consommateurs du Sénégal, ont été arrêtées par la police. La hausse des prix des matières premières, notamment alimentaires, a provoqué des flambées de violences dans d'autres pays du continent, notamment au Cameroun où des émeutes, fin février, s'étaient soldées par 40 morts selon les autorités, une centaine selon une ONG. Le 15 mars, des dizaines de milliers de personnes ont également manifesté dans plusieurs villes du Burkina Faso, où des syndicats ont appelé à une grève générale les 8 et 9 avril pour protester notamment contre la vie chère. Une quarantaine de personnes ont été condamnées à un an de prison pour des violences en marge d'une précédente manifestation fin février à Ouagadougou. "Aucun pays africain, et particulièrement de la sous-région ouest-africaine, n'est épargné par cette hausse généralisée des prix provenant de la forte augmentation des prix mondiaux de ces produits essentiellement importés", soulignait d'ailleurs mardi le gouvernement ivoirien, rappelant avoir déjà pris des mesures de limitation des prix
en 2007.

rac-uemoa

LE FMI, UN MONSTRE A VISAGE COUVERT !

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
« Sur la balance de la mondialisation, une tête d’enfant du tiers-monde pèse moins lourd qu’un hamburger. » Fatou DIOME, Le Ventre de l’Atlantique.

L’Afrique est prise en tenaille entre des régimes dictatoriaux et des bailleurs de fonds portés par un néo-impérialisme qui ne dit pas son nom. D’autant que derrière le FMI et la Banque mondiale plane irréfutablement l’ombre des Etats-Unis et de l’Europe qui, en réalité, déterminent les économies africaines. Et, c’est justement cette dépendance économique de l’Afrique qui provoque, peu ou prou, une usurpation de la légitimité du
pouvoir au profit des bailleurs de fonds, donnant prioritaire l’assentiment de ces derniers sur celui de nos propres peuples en terme de projets et politiques économiques et publiques. Nous convenons donc que la mondialisation est beaucoup moins un projet démocratique ou social qu’expansionniste du point de vue économique. Une vérité qui, de nos jours, s’apprend dans le biberon car les effets dévastateurs de cet impérialisme n’épargnent même pas le nouveau-né dans les bras de sa mère. En témoignent les milliards de dollars et poussière de bénéfice que la Banque mondiale et le FMI brassent annuellement sur le dos des pays du tiers-monde au nom de la dette publique, contrastant avec les poches de pauvreté qui se creusent à un rythme qui fait frissonner et les revendications sociales de loin insatisfaites.

De manière plus précise, et comme le corrobore le bulletin d’Inter Pares, in Les mythes de la pauvreté en question, de septembre 2004, « les pays d’Afrique sub-saharienne consacrent au service de la dette près de 15 milliards de dollars US par an qui sont engrangés par la Banque mondiale, le FMI et les gouvernements des pays riches – et - pour chaque dollar emprunté en 1980, les pays en développement ont payé 8,35 dollars au titre du service de la dette. Dès lors, cette dette a été remboursée près de neuf fois ». Au final, c’est à se demander qui aide qui.

En réalité, c’est cette situation de clair-obscur qu’Hugo Chavez, courage en
bandoulière, a voulu éviter à son pays, en retirant le Venezuela de ces institutions financières qu’il accuse « d’être des mécanismes de l’impérialisme destinés à exploiter les pays pauvres.» Il est quand même curieux que ces institutions voient un peu partout en Afrique des dérives s'organiser sans réagir. Si elles ne se contentent pas tout simplement de timides condamnations de principes, elles couvrent ces dérives dans des
rapports de complaisance et de parti pris. Conséquence, la dette continue de grossir et de faire l’affaire des régimes totalitaires et corrompus en Afrique comme le Gabon, le Cameroun, le Togo, et plus récemment le Sénégal, … et ne profite qu’à une poignée de privilégiés au pouvoir. Et comble pour comble, tout ceci se passe au nez et à la barbe de tout le monde. Ce qui est, du reste, très curieux car à l’heure du numérique, plus rien ne peut échapper aux projecteurs. Et quant à vouloir faire payer aux générations futures des dettes qu’elles n’ont ni contractées, encore moins vu la couleur peut
paraître aussi scandaleux qu’injuste. Et malheureusement depuis presque les années 1960, c’est le même scénario infernal avec son corollaire de ravages qui se produit et se reproduit sous nos tropiques faisant des classes pauvres et des futures générations les sponsors des plus riches au sommet de nos Etats et indirectement les agents de la croissance des gouvernements des pays riches, du FMI et de la banque mondiale.

En définitive, en dépit de leurs errements et de leurs politiques désastreuses, si le FMI et la Banque mondiale sont encore considérés par beaucoup de personnes du Sud et du Nord comme des institutions travaillant à l’amélioration des conditions de vie des populations, c’est assurément parce que ces institutions dépensent énormément d’énergie pour donner une image très positive de leurs politiques et souvent avec la complicité des régimes corrompus sur place, marginalisant par ce fait toutes critiques et velléités
contestataires. Par conséquent, concomitamment à la lutte contre la corruption et la mal gouvernance, les mouvements sociaux, les associations, et organisations non-gouvernementales ont un travail de Sisyphe à accomplir à l’effet de démasquer et de déconstruire cette chienlit savamment organisée à tous crins par des dinosaures modernes qui drapent des visées impérialistes dans un manteau de bons samaritains.

Sous nos cieux, le quotidien d’informations L’observateur du 19 octobre 2007 rapportait déjà que Monsieur Johannes Mueller, chef de mission au département Afrique du FMI s’est dit « impressionné » par le travail accompli par l’Agence Nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI) avant que le Représentant résidant M. Segura Ubiergo entonne le même refrain : ''nous sortons avec une très bonne impression sur le travail de l'ANOCI, grâce à cette rencontre, nous avons pu constater que la totalité des marchés de l'ANOCI sont passés après un appel à la concurrence''. Sous peu, ils auront, on l’espère en toute naïveté, à constater par eux-mêmes que les travaux pour lesquels ils ont félicité l’ANOCI peinent à s’achever encore moins les promesses renversantes de Abdoulaye Baldé qui prévoyait selon le même quotidien « la création de plus de 5000 emplois rien que pour la phase de réalisation des projets ». Aussi, osons-nous espérer que les fonctionnaires du FMI, en visite de travail au Sénégal, jetteront un coup d’œil sur le dernier rapport de l’organisation non-gouvernementale Aid Transparency, qui fait état de la gestion inconséquente de nos finances publiques et du niveau pathologique de la corruption généralisée, et ce en dépit de la mise en place
d’une commission nationale de lutte contre la non-transparence, la corruption et la concussion (CNLCC). Juste pour dire que le remède réside moins dans la seule création de mécanismes de contrôle institutionnels encore budgétivores que dans leur réelle efficacité à endiguer considérablement le phénomène de la corruption comme nous le rappelle le Professeur Abdoulaye Sakho, président de la CNLCC, selon ses propres termes dans le SUD QUOTIDIEN du 23 juillet 2007: « les autorités ont globalement peur d’aller jusqu’au bout dans la lutte contre la corruption. » De l’autre côté du FMI aussi, il est difficile d’espérer grand-chose si l’on sait à l’instar d’Anne-Cécile Robert, écrivain et journaliste au Monde Diplomatique, que « Le FMI n’a généralement sur place qu’un unique représentant résident, dont les pouvoirs sont limités. Ses plans, en règle générale, sont dictés de Washington, et mis en forme au cours de brèves missions de hauts responsables: dès leur descente d’avion, ils s’immergent dans les chiffres du ministère des Finances et de la banque centrale et, pour le reste, résident confortablement dans les hôtels cinq étoiles de la capitale.1» Par contre, la seule certitude que nous pourrons peut-être avoir, c’est de voir Messieurs Karim Wade et Abdoulaye Baldé accorder rapidement leurs violons quant au reste du budget de l’ANOCI estimé tantôt à 205 millions d’euros par l’un, tantôt à 111 millions d’euros par l’autre. Cherchez l’erreur !

Moustapha DIOP/elhadjdiop@yahoo.com, Genève, Suisse.

1-ROBERT Anne-Cécile, L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, les éd. Ouvrières
2006, P.61




Qu’est ce qui peut aider au développement du Sénégal ?

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
Un civisme fiscal, une baisse du taux d’imposition, un maillage fiscal efficace, une réduction de l’assiette fiscale, une souveraineté alimentaire, une valorisation des produits locaux, un retour au travail sont autant d’éléments à retenir !

Le Sénégal est un pays plat, drainé au nord par le fleuve Sénégal et au sud par la Casamance. Le climat est tropical plus sec dans le nord (végétation de type sahélien). Le sud est dans le domaine de la forêt. Le Sénégal couvre une superficie de 196.714 km², pour une population d’environ 11 millions d’habitants.
Ce pays possède la troisième économie de la sous-région ouest-africaine après le Nigéria et la Côte d’Ivoire. Compte tenu de sa situation géographique et de sa stabilité politique, le Sénégal fait parti des pays africains les plus industrialisés avec la présence de multinationales qui sont majoritairement d’origine française et dans une moindre mesure américaine. Son économie est principalement tournée vers l’Europe et l’Inde. Il est membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

Le civisme fiscal ou l’accomplissement volontaire par les contribuables de leurs obligations fiscales :

Parler de civisme fiscal nous emmène à revenir d’abord sur ce qu’est le civisme.
En effet, le civisme consiste, à titre individuel, à respecter et à faire respecter les lois et les règles en vigueur, mais aussi à avoir conscience de ses devoirs envers la société. De façon plus générale, le civisme est lié à un comportement actif du citoyen dans la vie quotidienne et publique. C’est agir pour que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers.
Prôner le civisme fiscal c’est faire en sorte que l’impôt apparaisse de plus en plus comme le prix d’un service rendu par l’institution qui en bénéficie plutôt que comme l’expression d’un lien de solidarité voir même d’un devoir social. Le contribuable est soucieux de l’utilisation qui est faite de l’argent public, il se considère beaucoup plus comme un client que comme l’usager d’un bien collectif.
L’administration fiscale de son côté se considère elle-même comme une entreprise et s’engage dans un processus de rentabilisation de sa gestion, de recherche de l’efficacité et de la performance. Il s’agit dans ce cadre de mieux faire respecter l’impôt, de prévenir l’évasion fiscale, d’isoler les fraudeurs et de rendre le meilleur service au meilleur coût.
En tout état de cause les citoyens ont besoin de connaître la destination de l’impôt comme le stipule l’article 14 de la déclaration universelle des doits de l’homme et du citoyen de 1789 (Révolution française) : >.
En effet la constitution sénégalaise du 22-1-2001 a affirmé son adhésion à la déclaration des doits de l’homme de 1789 et à la déclaration universelle des droits de l’homme du 10-12-1948.
L’article 67 de la constitution dispose : >.

Le taux d’imposition

Reconnaissons qu’au Sénégal le taux d’imposition est élevé, l’un des plus élevé de la zone UEMOA. Cela s’explique dans une large mesure par la structure de l’assiette de l’impôt : quelques entreprises seulement s’acquittent des impôts. Et, ces impôts, selon la loi de Laffer (trop d’impôt tue l’impôt), favorisent la fraude fiscale. Notons que de 1992 à 2001, les recettes fiscales collectées par le gouvernement représentent moins d’un cinquième du PIB. Ce qui veut dire q’un pourcentage énorme des richesses générées échappe au fisc. Le recouvrement de l’impôt se concentre sur un nombre limité d’opérateurs. De nombreux facteurs contribuent au faible recouvrement de l’impôt : la part considérable du secteur informel dans l’économie nationale, la discrimination incontrôlée contre les contribuables qui ont des ressources permanentes et substantielles, les moyens limités dont dispose l’administration fiscale pour mener à bien sa tâche.
La forte pression fiscale s’explique également par la généralisation et l’harmonisation des taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au sein de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA).

L’assiette fiscale

L’assiette fiscale est la somme servant de base de calcul de l’impôt. C’est sur cette base que le contribuable est imposé. Aujourd’hui l’Etat doit envisager non l’accroissement de la fiscalité ni de la parafiscalité mais la diversification de l’assiette fiscalité faisant référence à la célèbre courbe de Laffer qui stipule que >.
Certains économistes affirment que les méthodes keynésiennes, à force de vouloir soutenir la demande globale par l’accroissement des dépenses publiques (suivi d’une hausse de la fiscalité), ont débouché sur la stagflation (entendue comme la coexistence de l’inflation et du chaumage) parce qu’elles ne prenaient pas en compte les effets défavorables sur les incitations à produire, conséquence de l’augmentation de la fiscalité. En même temps qu’on accroissait la demande globale on freinait, sans s’en rendre compte, la production : avec pour double résultat l’inflation et le chaumage. Les économistes de l’offre renversent alors l’analyse keynésienne : pour eux la croissance économique résulte directement de l’accroissement de l’offre, ce qui réduit l’inflation, alors que pour les keynésiennes elle résulte de l’accroissement de la demande globale (qui traîne l’inflation dans son sillage).
Ainsi la recette de l’économie de l’offre consiste à mettre en place la réduction d’impôts qui cherche à accroître les incitations à produire du nouveau revenu en baissant le taux d’imposition auquel il est taxé.
En tout état de cause l’Etat doit faire en sorte que tous ceux qui remplissent les conditions paient l’impôt. C’est la meilleure façon de rendre le maillage fiscal efficace et par voie de conséquence couvrir le budget national. Si nous prenons comme exemple le budget 2007 qui tourne autour de 1500 milliards ; seuls 800 milliards proviennent des recettes fiscales, 436 milliards environ des recettes douanières, le reste des aides et autres.
Alors que si tous ceux qui devraient payer l’impôt s’efforçaient à le faire, on pourrait se passer des recettes douanières qui tôt ou tard tendront à disparaître ; le commerce est appelé à être libre suivant les objectifs de l’OMC.
Il s’agit notamment de supprimer les obstacles, d’informer les particuliers, les entreprises et les pouvoirs publics sur les règles commerciales en vigueur dans le monde et d’apporter une certitude juridique aux transactions commerciales internationales.

Comment est née la mondialisation ?

La mondialisation, cette création d’un espace mondiale interdépendant, n’est pas nouvelle. Certains la font remonter à la diffusion de l’espèce humaine sur la planète. Dès l’empire romain, une première mondialisation s’est organisée autour de la méditerranée.
Seulement, il faut attendre les grandes découvertes, au 15e siècle, pour assurer la connexion entre les différentes sociétés de la Terre et la mise en place de cette > décrite par l’historien Fernand Braudel.
La mondialisation actuelle, ce >, selon la formule de Laurent Carroué, est à la fois une idéologie : le libéralisme, une monnaie : le dollar, un outil : le capitalisme, un système politique : la démocratie, une langue : l’anglais.
La mondialisation actuelle est avant tout une globalisation financière, avec la création d’un marché planétaire des capitaux et l’explosion des fonds spéculatifs. La fin de la régulation étatique qui avait été mise en place juste après la seconde guerre mondiale s’est produite en trois étapes : d’abord, la déréglementation, c'est-à-dire la disparition en 1971 du système des parités stables entre les monnaies ; ensuite la désintermédiation : possibilité pour les emprunteurs privés de se financer directement sur les marchés financiers sans avoir recours au crédit bancaire ; enfin, le décloisonnement des marchés : les frontières qui compartimentaient les différents métiers de la finance sont abolies, permettant aux opérateurs de jouer sur de multiples instruments financiers.

La souveraineté alimentaire complémentaire du concept sécurité alimentaire !

La souveraineté alimentaire est présentée comme un droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptés à leurs populations sans qu’elles puissent avoir un impact négatif sur les populations d’autres pays.
Au niveau local, la souveraineté alimentaire favorise le maintien d’une agriculture de proximité destinée en priorité à alimenter les marchés régionaux et nationaux. Les cultures vivrières et l’agriculture familiale de petite échelle doivent être favorisées, du fait de leur plus grande efficacité économique, sociale et environnementale, comparée à l’agriculture industrielle et les plantations de grande échelle où travaillent de nombreux salariés. La souveraineté alimentaire privilégie des techniques agricoles qui favorisent l’autonomie des paysans. La souveraineté alimentaire accorde aussi une plus grande importance aux conditions sociales et environnementales de production des aliments.

La sécurité alimentaire elle, concerne la quantité d’aliments disponibles, l’accès de la population à ceux-ci, l’utilisation biologique des aliments et la problématique de la prévention et gestion des crises.
La sécurité alimentaire fait référence à la disponibilité ainsi qu’à l’accès de nourriture en quantité et en qualité suffisante. Elle comporte quatre dimensions :
• Disponibilité (production intérieure, capacité d’importation, de stockage et aide alimentaire)
• Accès (dépend du pouvoir d’achat et de l’infrastructure disponible)
• Stabilité (des infrastructures mais aussi stabilité climatique et politique)
• Salubrité, quantité (hygiène, principalement accès à l’eau)
La notion de sécurité alimentaire, qu’on doit distinguer de la sécurité sanitaire des aliments, dépasse alors la notion d’autosuffisance alimentaire.

La valorisation des produits locaux

Pour accompagner le développement agricole du territoire et renforcer son insertion dans le tissu économique local, les autorités doivent aller dans le sens de :
- soutenir la valorisation et la qualité des produits locaux
- favoriser la transmission et l’installation
- accompagner la structuration des filières
- favoriser une gestion concertée et un aménagement équilibré de l’espace
- accompagner les initiatives locales (individuelles et collectives)
- donner la priorité aux matériaux et savoir faire locaux pour la mise au point des outils innovants
- mettre en place des outils d’accompagnement adaptés, encourager les partenariats des acteurs
Nous devons aller dans le sens d’une consommation en grande partie locale. L’Institut de Technologie Alimentaire a proposé un pain à 50% blé 50% mil, un exemple déjà réussi par le Burkina Faso. Cela créera de petites entreprises qui vont aider à la transformation du mil et, du même coup relancera la culture du mil et fera baisser l’importation de blé, donc permet aux devises de ne plus sortir.

La délocalisation des industries un outil pour une meilleure redistribution des richesses !

Le terme délocalisation peut signifier un simple déménagement, un transfert au sein d’une région ou d’un pays, la fermeture d’une usine et le déplacement des activités vers un autre pays etc…
En effet, si les délocalisations accompagnent la progression de la mondialisation, facilite l’émergence de grandes firmes et le développement de réseaux, elles contribuent aussi à conforter un système de consommation de masse et à renforcer certaines inégalités.
La délocalisation entraîne des créations d’emploi dans les pays d’implantation. Elle est en fait une pratique, vieille comme le monde. Toutefois, le progrès au chapitre du transport des marchandises, le développement des principes du libre-échange, l’accès à des réservoirs de main-d’œuvre qualifiée à bas salaire et, surtout, le développement fulgurant des télécommunications accélèrent ce mouvement de délocalisation au point de l’étendue du commerce des services et d’en faire l’une des pierres angulaires de l’organisation économique mondiale. Certains observateurs n’hésitent donc pas à dire que la délocalisation est simplement une nouvelle forme du commerce international.
L’inquiétude devant le phénomène de délocalisation des entreprises n’est pas partagée par tous. Plusieurs acteurs des sphères économiques et commerciales affirment en effet qu’à certains moments et dans certaines circonstances, la délocalisation ou l’impartition doit prendre de l’ampleur et s’accélérer, notamment lorsque la concurrence est vive, que les ressources sont rares et qu’il est impératif de réduire les coûts et d’améliorer l’efficacité d’une entreprise. La délocalisation serait parfois nécessaire à la survie des entreprises.
D’autre part, elle est susceptible d’accroître la part de marché et la production d’une entreprise, cet accroissement pouvant la mener à recruter de nouveaux salariés et, le cas échéant, dans des métiers différents pour accompagner l’innovation et la monté en gamme. Pour le consommateur, il est par ailleurs évident que les délocalisations se traduisent par une baisse du prix des produits.

En tout état de cause l’Etat doit aller dans le sens de faire des exonérations fiscales, de créer des facilités diverses pour attirer les investissements productifs, car il y va de la croissance économique. Et c’est là tout l’enjeu qui devrait inspirer les autorités vers une logique fiscale moins pressante. Toutefois, une question mérite d’être posée : faudra-t-il sacrifier l’attrait des investissements et par la même la croissance économique en supprimant tous les avantages liés au code et les facilités diverses au profit de la maximisation des recettes fiscales devant financer le budget actuel ? Ou mieux, n’y a-t-il pas d’autres stratégies capables d’atteindre le même objectif sans faire trop de casse ?

Serigne Samba Ndiaye : Enseignant-Chercheur-Phytothérapeute-Tradipraticien
Site web : www.sambamara.com

L’ASCOSEN PREND LE CONTRE-PIED DU MINISTRE DU COMMERCE « La baisse des prix estbien possible »

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
L’ASCOSEN PREND LE CONTRE-PIED DU MINISTRE DU COMMERCE « La baisse des prix est bien possible »
Les associations consuméristes rejettent totalement l’idée que les prix des denrées ne peuvent pas être revus à la baisse. Ceci, en dépit de l’aveu de Abdourahim Agne, ministre du commerce. Qui a déclaré il y a trois jours que « l’inflation allait se poursuivre parce qu’elle est imposée par le marché mondial ». Ainsi l’union nationale des consommateurs du Sénégal (UNCS) et l’association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN) ont fait connaître à l’État que la donne peut bel et bien changer. C’était au cours du conseil national de la consommation tenu hier matin.
L’Uncs et l’Ascosen ont, lors d’un point de presse tenu à Amitié1 au siège de l’Uncs hier soir, rendu compte aux populations. Ils ont de ce fait réfuté l’idée qu’une baisse des prix n’est pas envisageable. Le mercredi dernier, le ministre du commerce avait dans un exposé porté à la connaissance des consommateurs que la situation inflationniste que connaît le Sénégal risque de durer encore. Hier matin encore, Abdourahim Agne a maintenu ses déclarations lors du conseil national de la consommation. Les associations consuméristes déclarent à ce sujet leur insatisfaction. Les camarades de Momar Ndao, président de l’Ascosen, acceptent que l’inflation soit imposée par le marché mondial. Mais ce que les amis des consommateurs déplorent, c’est le fait que l’état ne fait rien pour réguler le marché intérieur, c’est-à-dire fixer les prix des différentes denrées. Jean Pierre Dieng, président de l’Uncs, dira dans ce sens que « l’état ne fait rien pour soulager les consommateurs ». Momar Ndao explique que dans le marché intérieur, chaque commerçant propose les prix qu’il veut. L’exemple le plus patent est la commercialisation du riz. Le riz brisé et parfumé devrait coûter tout au plus 280 francs alors que les commerçants le vendent à 350 francs, soit un décalage de 70 francs. Ce qui est pour le riz l’est aussi pour le savon, l’huile, le lait en poudre, le pain, le café. « Ce sont ces incohérences sur les hausses injustifiées des prix des denrées de consommation courante qui font que nous campons sur nos positions », confesse M. Ndao. L’état doit prendre toutes ses responsabilités en fixant les prix des denrées et en prenant des mesures d’accompagnement pour le respect des prix conseillés. Ainsi les défenseurs des consommateurs ont blâmé l’inertie du gouvernement face à la souffrance des Sénégalais. L’état ne fait rien pour apaiser la souffrance des citoyens. Alors que s’il s’agit de problèmes politiques, tous les moyens sont bons pour le régler : l’exemple du report des élections est encore frais. Selon toujours M. Ndao, « l’État doit baisser les loyers de 30 à 40 % pour augmenter le pouvoir d’achat des Sénégalais ». Pour dénoncer tout cela, les associations consuméristes comptent faire un sit-in le 30 mars devant les locaux de Walf Tv.

Me Massokhna KANE annonce une plainte contre la Police

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
SIT-IN CONTRE LA VIE CHERE - REPRESSION

Me Massokhna KANE annonce une plainte contre la Police

Le feuilleton judiciaire de la marche réprimée de l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen) du 3O mars dernier à Dakar, n’est pas sur le point de se refermer. Me Massokhna Kane, un des avocats des victimes a en effet annoncé une plainte contre l’Etat. Plainte qui va viser les forces de Police, dont les agissements ont été jugés excessifs et violents. « On est en train de préparer le dossier pour déclencher l’action judiciaire.
Joint au téléphone par nettali.com, Me Massokhna Kane précise disposer assez d’éléments pour traîner la police en justice. Il indexe particulièrement l’usage de matraques électriques. « Cinq policiers ont chargé Momar NDAO. Et ils avaient des matraques électriques qu’ils ont appliquées à différents endroits du corps de mon client », dénonce Me Kane. Et de poursuivre : « c’est très grave. Ces matraques sont interdites en France, bannis en Europe. Et on ne les utilise que pour neutraliser des criminels et des délinquants dangereux », déclare l’avocat. Qui ajoute dans la même lancée que « l’usage des matraques électriques peut engendrer la mort. Imaginez qu’on les applique à un cardiaque qui a par exemple un appareil au cœur », poursuit l’avocat qui révèle que son client a reçu ces décharges électriques violentes à la poitrine et à d’autres sensibles de son corps.
C’est le 30 mars passé que l’Ascosen a tenté de tenir un sit-in pour dénoncer le coût jugé exorbitant de la vie. Mais elle a vite a été réprimée par les forces de l’ordre. Momar Ndao et d’autres militants de son association ainsi que des militants de Siggil Sénégal avaient été interpelés avant d’être mis à la disposition de la justice.
nettali.com

VIOLENTE REPRESSION DE LA MANIFESTATION DE L'ASCO

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
Les premières émeutes de la faim au Sénégal‏

La marche interdite de l'Ascosen et de l’Uncs contre la cherté des prix des denrées de première nécessité a finalement tourné à l'affrontement entre les populations et les policiers. On compte des dizaines d'arrestations dans les rangs des marcheurs dont Momar Ndao, président de l'Association des consommateurs sénégalais (Ascosen) et Jean Pierre Dieng de l'Union nationale des consommateurs du Sénégal (Uncs).

La confrontation entre policiers et marcheurs de l'Ascosen était inévitable, hier. Pour cause, les policiers du Groupement mobile d'intervention (Gmi) ont voulu exécuter à la lettre les consignes du préfet de Dakar qui avait interdit la marche des membres de l'Ascosen contre la cherté de la vie. Ces derniers qui voulaient passer outre pour se faire entendre par les autorités, s'étaient donné rendez-vous devant les locaux de la radio télévision Wal Fadjri, sis sur les allées du Front de terre qui passe entre les quartiers Derklé et Khar Yalla. Bien avant l'heure indiquée, les policiers ont quadrillé tout le secteur interdisant tout attroupement. Vers 15 h, par groupuscules, les marcheurs arrivent à bord de cars de transport en commun ou à pied. Mais, ceux qui voulaient s'arrêter devant le siège de la radio télévision Wal Fadjri, seront envoyés se balader gentiment par la police. Le siège du Pit, membre, par ailleurs, du Front Siggil Sénégal dont les leaders étaient invités à la marche, servira alors de quartier général. Cependant, ils ne seront pas au bout de leurs peines, car pour les éléments du Gmi, il n'est pas question que les gens restent dehors ; ils doivent obligatoirement entrer à
l'intérieur. C'est de là que sont partis les premiers échanges de propos peu amicaux entre marcheurs et policiers.

C'est sur ces entrefaites qu'arrive Talla Sylla, le leader du Jëf Jël.Il sera suivi de l'écologiste Aly Aïdar, d'Ousmane Tanor Dieng du Ps, de Madior Diouf, du Rnd et d'autres leaders politiques de l'opposition. Si ces derniers sont arrivés à bord de leurs véhicules jusqu'au siège du Pit, sis à Khar Yalla, quelque peu en retrait des locaux de Wal Tv, il en sera autrement pour Momar Ndao de l'Ascosen, maître d'œuvre de la manifestation, et de Jean pierre Dieng de l'Uncs. En effet, ils ont marché jusqu'au siège du Pit, mais dès leur arrivée, ils seront cueillis à froid et mis dans le panier à salade. Direction : le commissariat de Dieuppeul. Au moment où nous écrivions ces lignes, ils se trouvaient dans les locaux de la Division des investigations criminelles (Dic).

Mais ce qui aura mis le feu aux poudres, c'est lorsque des dames qui venaient participer à la marche à bord de cars rapides, ont été malmenées par les Gmi. L'une d'elles a laissé éclater sa colère. 'Nous sommes fatigués. Nous avons faim. Tout est devenu cher. Je demande à toutes les femmes de renverser leurs marmites et de faire tous les soirs des concerts de marmites', exhorte-t-elle. Les garçons qui regardaient cette scène, ont réagi pour défendre les dames. Et les policiers ne se sont pas fait prier. Ils se sont mis à balancer des grenades lacrymogènes. Aussitôt, la situation était devenue confuse sur les allées du Front de terre. La foule qui devenait importante, s'est dispersée dans les ruelles des quartiers de Khar Yalla et de Derklé, tout en continuant à balancer des pierres aux policiers et en allumant des pneus. Pour les disperser, les policiers ont fait appel à des renforts. Au bout de quelques heures, exactement vers 18 h, la police était devenue maîtresse de la situation, procédant même à des interpellations spectaculaires dans les rangs des manifestants. Ces derniers qui avaient le malheur d'être pris dans la nasse, seront violentés par les policiers, puis acheminés vers des destinations inconnues. Le calme n'est revenu que vers les coups de 20h. Et sur place, les traces des violents affrontements entre population et policiers étaient encore visibles.

Mamadou SARR

MARCHE UNIQUE DES TELECOMMUNICATIONS EN AFRIQUE DE L’OUEST

Posté le 17.04.2008 par uncs2008
A qui profite la dynamique ?

La libéralisation de l’économie impulsée par les Etats-Unis depuis les années 80 a entraîné, un peu partout dans le monde, le développement de marchés régionaux fonctionnant sur la base d’une réglementation plus ou moins harmonisée. L’Afrique n’échappe pas à cette dynamique même si le processus d’intégration économique y est encore balbutiant et par ailleurs inégal selon les sous régions.

Dans le secteur des télécommunications, l’émergence de marchés régionaux dans les différentes parties du continent africain se fait dans le cadre de deux dynamiques parallèles mais complémentaires, à savoir celle impulsée par les opérateurs et celle initiée par les états à travers les communautés économiques régionales (CER). Cependant, force est de reconnaître que la démarche enclenchée par les opérateurs est beaucoup plus avancée que celle des états, puisque ceux-ci ont d’ores et déjà créés des réseaux régionaux en unifiant d’une part leurs offres de services et leurs tarifs et en supprimant d’autre part les frais d’itinérance (roaming) pour leurs clients. Ainsi en
Afrique de l’Ouest, Celtel, MTN, Orange et Tigo disposent de réseaux qui couvrent plusieurs pays. Sur un autre plan, l’existence de l’Association des régulateurs de l’Afrique de l’Ouest (ARTAO), plus connue sous le sigle anglais de WATRA, créée officiellement en novembre 2002 mais effectivement initiée en 2000 a largement contribué, ne serait-ce qu’informellement à l’harmonisation de la régulation à l’échelle régionale. Mieux, au sein de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) ont été créées des structures de coordination et de concertation entre les principaux acteurs du secteur des télécommunications telles que le Comité des régulateurs des télécommunications (CRTEL) et la Conférence des opérateurs et fournisseurs de services de télécommunications (COFTEL). Cela étant, bien que l’UEMOA a retenu le 23 mars 2008 comme date limite pour la transposition des directives relatives à l’harmonisation des cadres législatif et réglementaire concernant les communications électroniques adoptées en décembre 2005 et que la CEDEAO s’était donnée six mois à partir de janvier 2007 pour effectuer la même opération, tout indique que le processus ne sera pas exécuté dans les délais prévus tandis que les opérateurs poursuivent la construction de réseaux régionaux à travers l’acquisition de licences et une offre de services harmonisée. Dans ce contexte, le processus de transposition des directives communautaires de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans les législations nationales, même s’il constitue un pas important vers la création d’un marché régional des télécommunications, ne fait qu’officialiser sur le plan juridique une réalité déjà largement palpable sur le terrain. Cela étant, force est de constater qu’à l’exception notoire de MTN, les opérateurs à dimension régionale existant actuellement en Afrique de l’ouest sont tous étrangers au contient qu’il s’agisse d’Orange majoritairement détenu par des capitaux français, de Celtel propriété de capitaux koweitiens ou encore de Tigo dont le principal actionnaire est un holding suédois. En dernier ressort, il apparait que la création d’un marché unique des télécommunications en Afrique de l’Ouest profite essentiellement aux opérateurs étrangers à l’Afrique qui, après s’être approprié la plupart des opérateurs historiques dans le cadre des politiques de libéralisation du secteur des télécommunications se voient aujourd’hui offrir les conditions d’augmenter leurs profits sans que cela ne profite guère à l’Afrique. En dernier ressort, il apparait que la création d’un marché unique des télécommunications en Afrique de l’Ouest profite essentiellement aux opérateurs étrangers à l’Afrique qui, après s’être approprié la plupart des opérateurs historiques dans le cadre des politiques de libéralisation du secteur des télécommunications se voient aujourd’hui offrir les conditions d’améliorer leurs profits sans que cela ne profite guère à l’Afrique.


Amadou Top
Président d’OSIRIS
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