Quelle vision progressiste de l’Afrique dans la mondialisation et du partenariat Afrique-Europe ?
La fondation Gabriel Péri et le PIT organisaient en janvier dernier à Dakar, un colloque international sur le thème « L’Afrique et l’Europe dans la nouvelle géopolitique mondiale ». Dans une démarche analytique et prospective, d’éminents chercheurs, cadres politiques et acteurs de la société civile ont procédé à l’examen des nouvelles dynamiques qui agitent le continent et modifient son rapport à son partenaire traditionnel, l’Europe.
Dans un contexte marqué par l’économie libéralisée et mondialisée, les nouvelles locomotives de la croissance mondiale –la Chine, l’Inde-, et le renouvellement des positions de l’Union européenne et des Etats-Unis sur le continent, l’Afrique est à la croisée des chemins. Alors que le Nigéria, l’Egypte, l’Algérie démontrent des « capacités d’émergence », les autres pays tardent à s’affirmer. Le projet d’unité continentale oscillant entre celui d’un gouvernement continental et celui d’un gouvernement fédéral des Etats-Unis d’Afrique, masque mal la faiblesse de l’Afrique comme entité politique et ses difficultés à proposer une réponse politique à la mondialisation.
L’Europe elle-même en difficulté dans la poursuite de son intégration sur des bases démocratiques, n’aide pas toujours les pays africains en ce sens, en témoigne les subventions à son agriculture ou la négociation des Accords de Partenariat Economique favorisant ses intérêts. Les Etats africains peuvent pourtant canaliser les appétits extérieurs, - ce qu’a démontré la lutte contre les APE - et protéger leurs marchés afin de consolider les bases endogènes du développement, notamment dans le domaine agricole.
Les interventions ont posé les questions du développement en termes stratégiques : la place de l’Etat, la nécessité d’élaborer des politiques publiques en concertation avec les acteurs socio-économiques, et le développement des activités productives.
Autre sujet d’analyse interrogeant la responsabilité des gouvernements africains : la présence de la Chine en Afrique. Bien que louée par son ambassadeur qui a contré les nombreuses critiques à l’égard de la « menace chinoise », elle éveille de vives inquiétudes. Les produits chinois fabriqués à moindre coût inondent les marchés africains, donnant satisfaction aux consommateurs dont le pouvoir d’achat baisse, mais instaurant une concurrence déloyale aux producteurs et commerçants africains.
Les leviers du changement passent également par la voie démocratique. Dans les débats consacrés au processus de démocratisation, les représentants de partis politiques d’une vingtaine de pays africains ont fait l’amer constat de la fraude électorale institutionnalisée et des limites de la démocratie.
Ces réflexions demandant à être poursuivies, la fondation a proposé de consolider le réseau des participants au colloque pour assurer la diffusion d’information, la mutualisation des expériences et des analyses. L’objectif en sera d’élaborer en concertation des idées nouvelles pour l’amélioration des conditions de vie sur le continent.
Chrystel Le Moing,
Chargée de mission aux relations internationales
de la fondation Gabriel Péri.