« Sur la balance de la mondialisation, une tête d’enfant du tiers-monde pèse moins lourd qu’un hamburger. » Fatou DIOME, Le Ventre de l’Atlantique.
L’Afrique est prise en tenaille entre des régimes dictatoriaux et des bailleurs de fonds portés par un néo-impérialisme qui ne dit pas son nom. D’autant que derrière le FMI et la Banque mondiale plane irréfutablement l’ombre des Etats-Unis et de l’Europe qui, en réalité, déterminent les économies africaines. Et, c’est justement cette dépendance économique de l’Afrique qui provoque, peu ou prou, une usurpation de la légitimité du
pouvoir au profit des bailleurs de fonds, donnant prioritaire l’assentiment de ces derniers sur celui de nos propres peuples en terme de projets et politiques économiques et publiques. Nous convenons donc que la mondialisation est beaucoup moins un projet démocratique ou social qu’expansionniste du point de vue économique. Une vérité qui, de nos jours, s’apprend dans le biberon car les effets dévastateurs de cet impérialisme n’épargnent même pas le nouveau-né dans les bras de sa mère. En témoignent les milliards de dollars et poussière de bénéfice que la Banque mondiale et le FMI brassent annuellement sur le dos des pays du tiers-monde au nom de la dette publique, contrastant avec les poches de pauvreté qui se creusent à un rythme qui fait frissonner et les revendications sociales de loin insatisfaites.
De manière plus précise, et comme le corrobore le bulletin d’Inter Pares, in Les mythes de la pauvreté en question, de septembre 2004, « les pays d’Afrique sub-saharienne consacrent au service de la dette près de 15 milliards de dollars US par an qui sont engrangés par la Banque mondiale, le FMI et les gouvernements des pays riches – et - pour chaque dollar emprunté en 1980, les pays en développement ont payé 8,35 dollars au titre du service de la dette. Dès lors, cette dette a été remboursée près de neuf fois ». Au final, c’est à se demander qui aide qui.
En réalité, c’est cette situation de clair-obscur qu’Hugo Chavez, courage en
bandoulière, a voulu éviter à son pays, en retirant le Venezuela de ces institutions financières qu’il accuse « d’être des mécanismes de l’impérialisme destinés à exploiter les pays pauvres.» Il est quand même curieux que ces institutions voient un peu partout en Afrique des dérives s'organiser sans réagir. Si elles ne se contentent pas tout simplement de timides condamnations de principes, elles couvrent ces dérives dans des
rapports de complaisance et de parti pris. Conséquence, la dette continue de grossir et de faire l’affaire des régimes totalitaires et corrompus en Afrique comme le Gabon, le Cameroun, le Togo, et plus récemment le Sénégal, … et ne profite qu’à une poignée de privilégiés au pouvoir. Et comble pour comble, tout ceci se passe au nez et à la barbe de tout le monde. Ce qui est, du reste, très curieux car à l’heure du numérique, plus rien ne peut échapper aux projecteurs. Et quant à vouloir faire payer aux générations futures des dettes qu’elles n’ont ni contractées, encore moins vu la couleur peut
paraître aussi scandaleux qu’injuste. Et malheureusement depuis presque les années 1960, c’est le même scénario infernal avec son corollaire de ravages qui se produit et se reproduit sous nos tropiques faisant des classes pauvres et des futures générations les sponsors des plus riches au sommet de nos Etats et indirectement les agents de la croissance des gouvernements des pays riches, du FMI et de la banque mondiale.
En définitive, en dépit de leurs errements et de leurs politiques désastreuses, si le FMI et la Banque mondiale sont encore considérés par beaucoup de personnes du Sud et du Nord comme des institutions travaillant à l’amélioration des conditions de vie des populations, c’est assurément parce que ces institutions dépensent énormément d’énergie pour donner une image très positive de leurs politiques et souvent avec la complicité des régimes corrompus sur place, marginalisant par ce fait toutes critiques et velléités
contestataires. Par conséquent, concomitamment à la lutte contre la corruption et la mal gouvernance, les mouvements sociaux, les associations, et organisations non-gouvernementales ont un travail de Sisyphe à accomplir à l’effet de démasquer et de déconstruire cette chienlit savamment organisée à tous crins par des dinosaures modernes qui drapent des visées impérialistes dans un manteau de bons samaritains.
Sous nos cieux, le quotidien d’informations L’observateur du 19 octobre 2007 rapportait déjà que Monsieur Johannes Mueller, chef de mission au département Afrique du FMI s’est dit « impressionné » par le travail accompli par l’Agence Nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI) avant que le Représentant résidant M. Segura Ubiergo entonne le même refrain : ''nous sortons avec une très bonne impression sur le travail de l'ANOCI, grâce à cette rencontre, nous avons pu constater que la totalité des marchés de l'ANOCI sont passés après un appel à la concurrence''. Sous peu, ils auront, on l’espère en toute naïveté, à constater par eux-mêmes que les travaux pour lesquels ils ont félicité l’ANOCI peinent à s’achever encore moins les promesses renversantes de Abdoulaye Baldé qui prévoyait selon le même quotidien « la création de plus de 5000 emplois rien que pour la phase de réalisation des projets ». Aussi, osons-nous espérer que les fonctionnaires du FMI, en visite de travail au Sénégal, jetteront un coup d’œil sur le dernier rapport de l’organisation non-gouvernementale Aid Transparency, qui fait état de la gestion inconséquente de nos finances publiques et du niveau pathologique de la corruption généralisée, et ce en dépit de la mise en place
d’une commission nationale de lutte contre la non-transparence, la corruption et la concussion (CNLCC). Juste pour dire que le remède réside moins dans la seule création de mécanismes de contrôle institutionnels encore budgétivores que dans leur réelle efficacité à endiguer considérablement le phénomène de la corruption comme nous le rappelle le Professeur Abdoulaye Sakho, président de la CNLCC, selon ses propres termes dans le SUD QUOTIDIEN du 23 juillet 2007: « les autorités ont globalement peur d’aller jusqu’au bout dans la lutte contre la corruption. » De l’autre côté du FMI aussi, il est difficile d’espérer grand-chose si l’on sait à l’instar d’Anne-Cécile Robert, écrivain et journaliste au Monde Diplomatique, que « Le FMI n’a généralement sur place qu’un unique représentant résident, dont les pouvoirs sont limités. Ses plans, en règle générale, sont dictés de Washington, et mis en forme au cours de brèves missions de hauts responsables: dès leur descente d’avion, ils s’immergent dans les chiffres du ministère des Finances et de la banque centrale et, pour le reste, résident confortablement dans les hôtels cinq étoiles de la capitale.1» Par contre, la seule certitude que nous pourrons peut-être avoir, c’est de voir Messieurs Karim Wade et Abdoulaye Baldé accorder rapidement leurs violons quant au reste du budget de l’ANOCI estimé tantôt à 205 millions d’euros par l’un, tantôt à 111 millions d’euros par l’autre. Cherchez l’erreur !
Moustapha DIOP/elhadjdiop@yahoo.com, Genève, Suisse.
1-ROBERT Anne-Cécile, L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, les éd. Ouvrières
2006, P.61